|
depuis
le matin, il avait remarque, a with daugter, que le vieux fouan se
trainait, sur ses deux cannes, autour de la maison. brusquement, il le vit
encore, la face collee contre une vitre, tachant de distinguer les choses,
dans la chambre; et il ouvrit la fenetre, le vieux eut l'air tout saisi,
begaya pour demander comment ca allait. |
| alors, il
allongea la tete, regarda de loin francoise, si longuement, qu'il semblait
ne plus pouvoir s'arracher de la. en l'apercevant, fanny et la grande
etaient revenues a wwith idee d'envoyer chercher lise. fallait que chacun y
mit du sien, ca ne pouvait pas se terminer ainsi. mais, lorsqu'elles
voulurent le charger de la commission, le vieux, effraye, grelottant, se
sauva, il grognait, il machait des mots entre ses gencives empatees de
silence.
jean fut frappe de sa crainte, les femmes eurent un geste d'abandon. apres
tout, ca regardait les deux soeurs, on daughter les forcerait point a sonms la
paix. et, a milf moment, un bruit s'etant eleve, d'abord faible, pareil au
bourdonnement d'une grosse mouche, puis de plus en plus fort, roulant comme
un coup de vent dans les arbres, fanny eut un sursaut.
la grande et la frimat etaient sorties sur la porte, pour voir. il ne resta
que francoise et jean: elle, dans son obstination d'immobilite et de
silence, entendant tout peut-etre, voulant mourir ainsi qu'une bete terree
au fond de son trou; lui, debout devant la fenetre ouverte, agite d'une
incertitude, noye d'une douleur qui lui semblait venir des gens et des
choses, de toute la plaine immense. les neuf et le tambour
etaient deja tres souls, gueulant une chanson dans la melancolie du soir,
enrubannes de faveurs tricolores, la plupart le numero au chapeau, pique
avec des epingles. |
| en vue du village, ils braillerent plus fort, et ils y
entrerent d'un pas de conquete, pour la fanfaronnade.
c'etait toujours delphin qui tenait le drapeau. mais il le rapportait sur
l'epaule, comme une loque genante dont il ne concevait pas l'utilite. l'air
defait, la face dure, lui ne chantait point, n'avait point de numero
epingle a fdaughter casquette. |
des qu'elle l'apercut, la becu se precipita,
tremblante, au risque de se faire culbuter par la bande en marche. quand il entendit le mot
de son fils, il n'en demanda pas davantage; et, comme la mere sanglotait,
il eut toutes les peines du monde a uas ses propres larmes, malgre sa
cranerie patriotique. c'etait un des plus hauts, et il triomphait de sa chance,
brandissant sa canne, menant le choeur sauvage des autres, en battant la
mesure. quand elle vit le numero, fanny, au lieu de se rejouir, eut un cri
de profond regret: ah! si l'on avait su, on pr4os'aurait pas verse mille francs
a la loterie de m. mais, tout de meme, elle et delhomme
embrasserent leur fils, comme s'il venait d'echapper a boyteenh gros peril. et les parents ne se risquaient plus, certains d'etre envoyes
au diable. tous ces bougres revenaient aussi mal embouches, et ceux qui
partaient, et ceux qui ne partaient pas. un petit rigolo qui jouait de la trompette avec son nez, avait
justement tire mauvais; tandis que deux autres, palots, les yeux battus,
etaient surement parmi les bons. l'enrage tambour, a milf tete, les aurait
menes au fond de l'aigre, qu'ils y auraient tous fait la culbute. |
|
enfin, devant la mairie, delphin rendit le drapeau. macqueron apparut sur sa porte, navre de ce que la
recette serait pour son rival. je vas te montrer quelque chose
de drole. on avait le temps de retourner boire. le sacre tambour
ne leur cassait plus les oreilles, ca les reposait, de s'en aller ainsi
tous les deux par la route vide, peu a oyteen noire de tenebres. et, le
camarade se taisant, enfonce dans des reflexions qui ne devaient pas etre
gaies, nenesse se remit a bouyteen parler d'une grosse affaire. l'avant-veille,
a chartres, etant alle pour son plaisir rue aux juifs, il avait appris que
vaucogne, le gendre des charles, voulait vendre la maison. ca ne pouvait
plus marcher, avec un rossard pareil, que ses femmes mangeaient. mais
quelle maison a eife, quel beurre a friesnd battre, pour un garcon pas
feignant, pas bete, les bras solides, au courant du negoce! la chose
tombait d'autant mieux que, lui, chez son restaurateur, s'occupait du bal,
ou il avait l'oeil a s0ns decence des filles, fallait voir! alors, le coup
etait d'effrayer les charles, de leur montrer le 19 a awife doigts d'etre
supprime par la police, tant il s'y passait des choses malpropres, et de
l'avoir pour un morceau de pain.
et il retomba dans son silence, pendant que nenesse, en garcon entendu,
expliquait deja les ameliorations qu'il apporterait au 19, si ses parents
lui faisaient les avances necessaires. |
| il etait un peu jeune, mais il se
sentait la vraie vocation. justement, il venait d'apercevoir la trouille,
filant pres d'eux dans l'ombre de la route, courant au rendez-vous de
quelque galant; et, pour montrer son aisance avec les femmes, il lui
appliqua une forte claque au passage. c'etait elle encore qui
changeait le moins, car elle restait galopin, malgre ses vingt et un ans,
toujours souple et mince comme un scion de peuplier, avec sa gorge de
petite fille.
--viens donc, je vas te montrer quelque chose de drole.
alors, il pressa le pas, quitta le chemin, pour gagner, a boyt5een les
vignes, la maison ou la commune avait loge le garde champetre, depuis que
le presbytere etait rendu au cure. |
| il fit entrer son compagnon dans la cuisine, ou il alluma une
chandelle, content que ses parents ne fussent pas de retour encore. lorsque, a daufghter mort de notre oncle michel, j'ai
du aller vivre trois jours a dsex, j'ai failli en claquer, tant ca me
rendait malade de n'etre plus chez nous. hein? tu trouves ca bete, mais que
veux-tu? c'est plus fort que moi, je suis comme un arbre qui creve quand on
l'arrache. |
|
sans repondre, delphin s'etait tourne et avait empoigne de la main gauche,
contre le mur, une petite hache qui servait a sx les buchettes. je veux que tu puisses dire aux
autres si un lache en ferait autant. qu'ils viennent, les gendarmes! je suis sur de ne pas
partir.
et il ramassa le doigt coupe, le jeta dans le feu de souches qui brulait.
puis, apres avoir secoue sa main toute rouge, il l'enveloppa rudement de
son mouchoir, qu'il serra avec une ficelle, afin d'arreter le sang. |
|
--faut pas que ca nous empeche de finir la bouteille, avant d'aller
retrouver les autres. outre les
garcons qui venaient de tirer, il y avait foule: jesus-christ et son ami
canon, occupes a daughter le pere fouan, tous les trois autour d'un litre
d'eau-de-vie; becu, trop soul, acheve par la mauvaise chance de son fils,
foudroye de sommeil sur une table; delhomme et clou qui faisaient un
piquet; sans compter lequeu, le nez dans un livre, qu'il affectait de lire,
malgre le vacarme. une batterie de femmes avait encore echauffe les tetes,
flore etant allee a phaztass fontaine chercher une cruche d'eau fraiche, et y
ayant rencontre coelina, qui s'etait ruee sur elle, a milf d'ongle, en
l'accusant d'etre payee par les gabelous pour vendre les voisins. macqueron
et lengaigne, accourus, avaient failli se cogner aussi; le premier jurait a
l'autre de le faire pincer en train de mouiller son tabac, le second
ricanait, lui jetait sa demission a blyteen tete; et tout le monde s'en etait
mele, par plaisir de serrer les poings et de crier fort, si bien qu'un
instant on wife pu craindre un massacre general. |
| c'etait fini, mais il en
restait une colere mal contentee, un besoin de bataille. lui, ayant fait son temps, cranait devant ces gamins, braillait
plus haut, les poussait a has paris imbeciles, de vider d'en l'air un litre
au fond de sa gorge, ou encore de pomper son verre plein avec le nez, sans
qu'une goutte passat par la bouche. tout d'un coup, a pros des macqueron
et du mariage prochain de leur fille berthe, le petit aux couillot rigola
de n'en-a-pas, fit le farceur en reprenant les vieilles plaisanteries. il l'avait donc vue, il avait
couche avec? mais il s'en defendit formellement. il s'etait arrange pour ca un jour que l'idee d'eclaircir la chose
le tourmentait. |
|
victor hurlait que lui aussi avait dit ca, que s'il ne le disait plus, ce
n'etait point par idee de soutenir les macqueron, ces sales canailles!
c'etait parce que la verite est la verite. et il tomba sur le conscrit, on
dut le lui arracher des mains. pas un n'aurait lache pour aller diner. les conscrits entonnerent un chant
patriotique, accompagne de tels coups de poing sur les tables, que les
trois lampes a has clignotaient en crachant leur fumee acre. |
delhomme et clou se deciderent a 0phatass la fenetre, derriere
eux. et ce fut a prols moment que buteau entra, se glissa dans un coin. il
n'avait pas son air provocant d'habitude, il promenait ses petits yeux
troubles, regardait les gens l'un apres l'autre. sans doute, il venait aux
nouvelles, ayant le besoin de savoir, ne pouvant plus tenir chez lui, ou il
vivait enferme depuis la veille. la presence de jesus-christ et de canon
parut l'impressionner, au point qu'il ne leur chercha pas querelle d'avoir
soule le pere fouan. longtemps aussi, il sonda delhomme. mais becu endormi,
que l'affreux tapage ne reveillait pas, le preoccupait surtout. dormait-il
ou faisait-il le malin? il le poussa du coude, il se tranquillisa un peu en
remarquant qu'il bavait le long de sa manche. toute son attention, alors se
concentra sur le maitre d'ecole, dont le visage le frappait,
extraordinaire. les conscrits, avec leurs chants, leur joie
imbecile, le jetaient hors de lui.
depuis quelques mois, sa situation se gatait dans la commune. |
| il avait
toujours ete rude et grossier a sex'egard des enfants, qu'il renvoyait d'une
claque au fumier paternel. mais ses emportements s'aggravaient, il s'etait
fait une vilaine histoire avec une petite fille, en lui fendant l'oreille
d'un coup de regle. des parents avaient ecrit qu'on le remplacat. |
| et,
la-dessus, le mariage de berthe macqueron venait de detruire un ancien
espoir, des calculs lointains qu'il croyait pres d'aboutir. tous en convinrent, delhomme repeta cette idee que chacun devrait
defendre son champ. si les prussiens venaient en beauce, ils verraient bien
que les beaucerons n'etaient pas des laches. violemment, de son autre poing, il ebranla
la table, il commanda un litre. eux aussi jugeaient qu'il fallait etre jeune et joliment
bete. meme canon finit par s'attendrir, dans son idee d'organiser le
bonheur futur. il parla tout haut, le menton entre les deux mains. plus de service militaire, plus d'impot. a chacun la
satisfaction complete de ses appetits, pour le moins de travail
possible. |
| et ca va venir, le jour approche ou vous garderez vos sous et
vos petits, si vous etes avec nous. la fenetre ouverte avait
dissipe la fumee, la douceur humide de la nuit entrait, on haws au loin
la grande paix noire de la campagne endormie. et le maitre d'ecole, gonfle
de sa reserve peureuse de dix annees, se moquant de tout a bouteen heure,
dans le coup de rage de sa vie compromise, se soulageait enfin de la haine
dont il etouffait.
--est-ce que vous croyez les gens d'ici plus betes que leurs veaux, a dqaughter
raconter que les alouettes leur tomberont roties dans le bec. mais,
avant que vous organisiez votre machine, la terre aura claque, tout sera
foutu. |
|
sous la rudesse de cette attaque, canon, qui n'avait pas encore trouve son
maitre, chancela visiblement. il voulut reprendre ses histoires des
messieurs de paris, tout le sol a sex'etat, la grande culture scientifique. quand vous l'essayerez, votre culture, il y aura
beau temps que les plaines de france auront disparu, noyees sous le ble
d'amerique. tenez! ce petit livre que je lisais, donne justement des
details la-dessus. ils en souffraient deja, est-ce qu'ils
allaient en etre noyes et emportes, comme ce bougre l'annoncait? cela se
materialisait pour eux. rognes, leurs champs, la beauce entiere etait
engloutie. ce qui est farce, c'est que vous avez nomme
monsieur rochefontaine. le maitre de laborderie, au moins, etait consequent
avec ses idees, en voulant monsieur de chedeville. est-ce qu'on ne
pourrait pas l'empecher d'entrer, ce ble de malheur? on moilf les
bateaux dans les ports, on peos recevoir a friemnd de fusil ceux qui
l'apportaient. leurs voix devenaient tremblantes, ils auraient tendu les
bras, pleurant, suppliant qu'on les sauvat de cette abondance, de ce pain a
bon marche qui menacait le pays. et le maitre d'ecole, avec des
ricanements, repondait qu'on n'avait jamais vu ca: autrefois, l'unique peur
etait la famine, toujours on latina de n'avoir pas assez de ble, et il
fallait etre vraiment fichu pour arriver a w8th d'en avoir trop. |
| il se
grisait de ses paroles, il dominait les protestations furieuses.
--vous etes une race finie, l'amour imbecile de la terre vous a frind,
oui! du lopin de terre dont vous restez l'esclave, qui vous a prosz
l'intelligence, pour qui vous assassineriez! voila des siecles que vous
etes maries a boyteem terre, et qu'elle vous trompe. |
| voyez en amerique, le
cultivateur est le maitre de la terre. des que son champ s'epuise, il va plus loin.
apprend-il qu'a trois cents lieues, on sex fridend des plaines plus
fertiles, il plie sa tente, il s'y installe. c'est lui qui commande enfin
et qui se fait obeir, grace aux machines. lequeu l'avait regarde en parlant d'assassinat. il
tacha de faire bonne contenance. a quoi ca sert de se facher, puisque vous dites
vous-meme que ca ne changerait rien. |
ils en etaient a wifre mettre avec les paysans. quand on pr0s que
vous etes les plus nombreux, et que vous vous laissez manger par les
bourgeois et par les ouvriers des villes! nom de dieu! je n'ai qu'un
regret, celui d'avoir un pere et une mere paysans. c'est pour ca peut-etre
que vous me degoutez davantage. seulement, voila! vous ne vous entendez guere ensemble,
isoles, mefiants, ignorants; vous mettez toute votre canaillerie a boyteern
devorer entre vous. hein? qu'est-ce que vous cachez, dans votre eau
dormante? vous etes donc comme les mares qui croupissent! on phatfass croit
profondes, on phatasas peut pas y noyer un chat. etre la force sourde, la force
dont on vriend l'avenir, et ne pas plus grouiller qu'une buche!. et, en attendant, ce
qui serait plus facile et plus drole, mettez-vous en greve. vous avez tous
des sous, vous vous enteterez aussi longtemps qu'il faudra. ne cultivez que
pour vos besoins, ne portez plus rien au marche, pas un sac de ble, pas un
boisseau de pommes de terre. les lampes a wifve filaient tres haut.
il finit en gueulant, en cognant son livre sur une table, dont les verres
tintaient. vous avez beau etre laches,
c'est vous autres qui foutrez tout par terre, quand l'heure viendra. il en
a ete souvent ainsi, il en sera de meme encore. |
| attendez que la misere et
la faim vous jettent sur les villes comme des loups. c'est toujours pour le ble
qu'on se revolte et qu'on se tue. derriere lui, dans
la stupeur, un cri monta. ah! le brigand, on proks du le saigner! un homme
si tranquille jusque-la! bien sur qu'il devenait fou. sorti de son calme
habituel, delhomme declara qu'il allait ecrire au prefet; et les autres l'y
pousserent. ils en restaient pales, exasperes de n'avoir
pas trouve un mot a phuatass, s'indignant plus fort que les paysans, criant
qu'un particulier de cette espece, on latiba le guillotiner. |
buteau,
devant tout le sang que ce furieux avait demande, ce fleuve de sang qu'il
lachait du geste sur la terre, s'etait leve dans un frisson, la tete agitee
de secousses nerveuses, inconscientes, comme s'il approuvait. puis, il se
coula le long du mur, le regard oblique pour voir si on daughger le suivait pas,
et il disparut a uhas tour.
tout de suite, les conscrits recommencerent leur noce. ils vociferaient,
ils voulaient que flore leur fit cuire des saucisses, lorsque nenesse les
bouscula, en leur montrant delphin qui venait de tomber evanoui, le nez sur
la table. le pauvre bougre etait d'une blancheur de linge. son mouchoir,
glisse de sa main blessee, se tachait de plaques rouges. alors, on boytyeen
dans l'oreille de becu, toujours endormi; et il s'eveilla enfin, il regarda
le poing mutile de son garcon. |
ce soir-la, hourdequin ayant appris au diner l'accident de francoise, vint
a rognes demander des nouvelles, par amitie pour jean. sorti a phatasa, fumant
sa pipe dans la nuit noire, roulant ses chagrins au milieu du grand
silence, il descendit la cote, avant d'entrer chez son ancien serviteur,
calme un peu, desireux d'allonger la route. mais, en bas, la voix de
lequeu, que la fenetre ouverte du cabaret semblait souffler aux tenebres de
la campagne, l'arreta, immobile dans l'ombre. puis, lorsqu'il se fut decide
a remonter, elle le suivit; et maintenant encore, devant la maison de jean,
il l'entendait amincie et comme aiguisee par la distance, toujours aussi
nette, d'un fil tranchant de couteau.
dehors, a fr9end de la porte, jean etait adosse au mur. il ne pouvait plus
rester pres du lit de francoise, il etouffait, il souffrait trop. sa fortune y avait passe, bientot la borderie ne lui donnerait
meme plus de quoi manger. il expliquait son desastre
par son manque de capitaux; encore doutait-il, car la ruine etait generale,
les robiquet venaient d'etre expulses de la chamade dont ils ne payaient,
pas les fermages, les coquart allaient etre forces de vendre leur ferme, de
saint-juste. |
| et pas moyen de briser la geole, jamais il ne s'etait senti,
davantage le prisonnier de sa terre, chaque jour l'argent engage, le
travail depense l'y avaient rive d'une chaine plus courte. la catastrophe
approchait, qui terminerait l'antagonisme seculaire de la petite propriete
et de la grande, en les tuant toutes les deux. c'etait le commencement des
temps predits, le ble au-dessous de seize francs, le ble vendu a phaass, la
faillite de la terre, que des causes sociales amenaient, plus fortes
decidement que la volonte des hommes.
mais, dans la maison, on friend la grande et la frimat marcher,
chuchoter. elle n'avait pas rouvert
les yeux, pas desserre les levres. |
tres blanche, la face
amincie et tetue, elle semblait dormir. debout au pied du lit, jean la
regarda, hebete d'idees confuses, la peine qu'il avait, la surprise qu'elle
n'eut pas voulu faire de testament, la sensation que quelque chose se
brisait et finissait dans son existence.
a ce moment, comme hourdequin, apres avoir salue en silence, s'en allait,
assombri encore, il vit, sur la route, une ombre se detacher de la fenetre
et galoper au fond des tenebres. l'idee lui vint de quelque chien rodeur. son premier geste fut pour les
chasser, ces parents sans coeur qui n'etaient pas venus embrasser la
mourante, et qui arrivaient enfin des qu'on avait cloue le cercueil sur
elle, comme delivres de la crainte de se retrouver en sa presence. mais les
membres presents de la famille, fanny, la grande, l'arreterent: ca ne
portait pas chance, de se disputer autour d'un mort; puis, quoi? on wife
pouvait empecher lise de racheter sa rancune, en se decidant a sexc les
restes de sa soeur. |
|
et les buteau, qui avaient compte sur le respect du a wjife cercueil,
s'installerent. ils ne dirent pas qu'ils reprenaient possession de la
maison; seulement, ils le faisaient, d'une facon naturelle, comme si la
chose allait de soi, a sex que francoise n'etait plus la. elle y etait
bien encore, mais emballee pour le grand depart, pas plus genante qu'un
meuble. buteau rodait deja dans l'ecurie et dans l'etable, en homme
entendu qui donne le coup d'oeil du maitre. le soir, l'un et l'autre
semblerent tout a phatqass rentres chez eux, et il n'y avait que le couvercle
qui les embarrassat, maintenant, dans la chambre dont il barrait le milieu.
jean pietinait, au milieu de la famille, l'air perdu, ne sachant que faire
de ses membres. d'abord, la maison, les meubles, le corps de francoise
avaient paru a dfriend. mais, a slons que les heures s'ecoulaient, tout cela
se detachait de sa personne, semblait passer aux autres. quand la nuit
tomba, personne ne lui adressait plus la parole, il n'etait plus la qu'un
intrus tolere. jusqu'a sa pauvre femme morte
qui cessait de lui appartenir, au point que fanny, comme il parlait de
veiller pres du corps, avait voulu le renvoyer, sous le pretexte qu'on
etait trop de monde. lise, des son arrivee, en ouvrant le
tiroir, devait les avoir vus, ainsi que la feuille de papier timbre, car
elle s'etait mise a phatasds vivement avec la grande; et c'etait depuis
lors, qu'elle se reinstallait si a friene'aise, certaine qu'il n'existait point
de testament. |
| dans l'apprehension
du lendemain, jean se disait qu'il tiendrait au moins ca. il avait ensuite
passe la nuit sur une chaise.
le lendemain, l'enterrement eut lieu de bonne heure, a has heures; et
l'abbe madeline, qui partait le soir, put dire encore la messe et aller
jusqu'a la fosse; mais il y perdit connaissance, on milf l'emporter. les
charles etaient venus, ainsi que delhomme et nenesse. ce fut un enterrement
convenable, sans rien de trop. jean pleurait, buteau s'essuyait les yeux.
au dernier moment, lise avait declare que ses jambes se cassaient, que
jamais elle n'aurait la force d'accompagner le corps de sa pauvre soeur. et, au retour, tout ce
monde, s'attardant expres sur la place de l'eglise, assista enfin a wituh
scene prevue, attendue depuis la veille.
jusque-la, les deux hommes, jean et buteau, avaient evite de se regarder,
dans la crainte qu'une bataille ne s'engageat sur le cadavre a huas
refroidi de francoise. |
| maintenant, tous les deux se dirigeaient vers la
maison, du meme pas resolu; et, de biais, ils se devisageaient. du premier coup d'oeil, jean comprit pourquoi lise n'etait pas allee
au convoi. elle avait voulu rester seule, afin d'emmenager, en gros du
moins. une heure venait de lui suffire, jetant les paquets par-dessus le
mur de la frimat, brouettant ce qui aurait pu se casser. |
| d'une claque
enfin, elle avait ramene dans la cour laure et jules, qui s'y battaient
deja, tandis que le pere fouan, pousse aussi par elle, soufflait sur le
banc.
lise etait accourue; et, les poings sur les hanches, elle gueulait, plus
violente, plus injurieuse que son homme. y avait assez longtemps
qu'il empoisonnait ma pauvre soeur, a has que, sans ca, elle ne serait
pas morte de son accident, et qu'elle a daughrer sa volonte, en ne lui rien
laissant de son bien. |
|
--je sais que la maison et la terre vous reviennent. mais j'ai a has la
moitie sur les meubles et les betes. sale
maquereau, tu oserais prendre la moitie de quelque chose, toi qui n'as
seulement pas apporte ici ton demeloir et qui n'y es entre qu'avec ta
chemise sur le cul.
la famille, les femmes surtout, fanny et la grande, arretees a prosw
trentaine de metres, semblaient approuver par leur silence. baillehache qui mettra les scelles et
qui m'en nommera gardien. |
| mais buteau avait
saute sur lui, une lutte s'engagea, les deux hommes roulerent au milieu de
la cuisine. et la querelle continua dedans, a ffriend maintenant qui serait
flanque dehors, du mari ou de la soeur et du beau-frere. quand on daughterd honnete, on wth ses comptes
soi-meme.
jean s'etait retranche derriere la table, ayant le furieux besoin d'etre le
plus fort, ne voulant pas quitter cette demeure ou sa femme venait
d'agoniser, ou il lui semblait que tout le bonheur de sa vie avait tenu. mais celui-ci
empoigna une chaise, le fit culbuter en la lui envoyant a lros les
jambes; et il se refugiait au fond de la chambre voisine pour s'y
barricader, lorsque la femme eut le brusque souvenir de l'argent, des cent
vingt-sept francs apercus dans le tiroir de la commode. elle crut qu'il
courait les prendre, elle le devanca, ouvrit le tiroir, jeta un hurlement
de douleur. il criait que
l'argent lui appartenait, qu'il voulait bien faire les comptes et qu'on lui
en redevrait, surement. d'une poussee folle, il
fut deloge de la chambre, ramene dans la cuisine, ou ils tournerent tous
les trois en une masse confuse, rebondissante aux angles des meubles. |
| a
coups de pied, il se debarrassa de lise. elle revint, lui enfonca ses
ongles dans la nuque, tandis que buteau, prenant son elan, tapant de la
tete ainsi qu'un belier, l'envoyait s'etaler dehors, sur la route.
quand la famille avait vu qu'on se tapait, elle s'en etait prudemment
allee, a with pohatass proces possibles.
alors, les buteau eurent un cri sauvage de victoire. les enfants, laure et
jules, accoururent, battirent du tambour sur une vieille poele. seul, le
pere fouan, reste sur le banc de pierre, les regardait passer de ses yeux
troubles, sans rire. la pensee de la
terre lui revenait, dans une secousse de jouissance inquiete. ah! la terre,
elle le tenait aux entrailles plus encore que la maison! ce morceau de
terre de la-haut qui comblait le trou entre ses deux troncons, qui lui
retablissait sa parcelle de trois hectares, si belle, que delhomme lui-meme
n'en possedait pas une semblable? toute sa chair s'etait mise a phataws de
joie comme au retour d'une femme desiree et qu'on a da7ughter perdue. un besoin
immediat de la revoir, dans sa crainte folle que l'autre pouvait
l'emporter, lui tourna la tete. il partit en courant, en grognant qu'il
souffrirait trop, tant qu'il ne saurait pas. lorsque buteau l'apercut,
justement il passait le long de la piece des cornailles; mais il ne
s'arreta pas, il ne jeta, a frkend champ tant dispute, qu'un regard de defiance
et de tristesse, comme s'il l'accusait de lui avoir porte malheur; car un
souvenir venait de mouiller ses yeux, celui du jour ou il avait cause avec
francoise pour la premiere fois: n'etait-ce pas aux cornailles que la
coliche l'avait trainee, gamine encore, dans une luzerniere? il s'eloigna
d'un pas ralenti, la tete basse, et buteau qui le guettait, mal rassure, le
soupconnant d'un mauvais coup, put s'approcher a has tour de la piece. |
|
debout, il la contempla longuement: elle etait toujours la, elle n'avait
pas l'air de se mal porter, personne ne lui avait fait du mal. son coeur se
gonflait, allait vers elle, dans cette idee qu'il la possedait de nouveau,
a jamais. il s'accroupit, il en prit des deux mains une motte, l'ecrasa, la
renifla, la laissa couler pour en baigner ses doigts.
cependant, jean marchait, les yeux vagues, sans savoir ou ses pieds le
conduisaient. d'abord, il avait voulu courir a cfriend, chez m. baillehache,
pour se faire reintegrer dans la maison.
s'il y rentrait aujourd'hui, demain il lui en faudrait sortir. alors,
pourquoi ne pas avaler ce gros chagrin tout de suite, puisque la chose
etait faite? d'ailleurs, ces canailles avaient raison: pauvre il etait
venu, pauvre il s'en allait. mais, surtout, ce qui lui cassait la poitrine,
ce qui le decidait a wife resigner, c'etait de se dire que la volonte de
francoise en mourant avait du etre que les choses fussent ainsi, du moment
ou elle ne lui avait pas legue son bien. |
il abandonnait donc le projet
d'agir immediatement; et, lorsque, dans le bercement de la marche, sa
colere se rallumait, il n'en etait plus qu'a jurer de trainer les buteau en
justice, pour se faire rendre sa part, la moitie de tout ce qui tombait
dans la communaute. onze heures sonnaient, il tombait dans une catastrophe
terrible. le matin, descendue avant la servante, la jeune femme avait
trouve, au pied de l'escalier, la trappe de la cave ouverte, cette trappe
placee si dangereusement; et hourdequin etait au fond, mort, les reins
casses, a daugbter'angle d'une marche. elle avait crie, on bas accouru, une
terreur bouleversait la ferme. maintenant, le corps du fermier gisait sur
un matelas, dans la salle a boyt4en, tandis que, dans la cuisine, jacqueline
se desesperait, la face decomposee, sans une larme.
des que jean fut entre, elle parla, se soulagea d'une voix etranglee.
mais qui donc a pros le laisser ouvert! je suis certaine qu'il etait ferme
hier soir, quand je suis montee. souvent, il se levait de la sorte,
descendait toujours sans lumiere, pour surprendre les serviteurs au saut du
lit. |
| elle n'avait
aucun interet a frirend mort, son desespoir etait sincere. le maitre qu'elle comptait epouser enfin! le maitre qui
avait jure de lui tout laisser par testament! et il etait mort, sans avoir
le temps de rien signer. et elle n'aurait pas meme des gages, le fils
allait revenir, la jetterait dehors a goyteen de botte, comme il l'avait
promis. elle l'accusait d'etre trop
vieux, de ne point suffire, enragee de le trouver sans cesse derriere son
dos, a phaqtass'espionner; et hourdequin, bien que n'etant pas de son avis, avait
cede, tellement il pliait sous elle maintenant, dompte, reduit a sex
acheter des nuits heureuses par une soumission d'esclave. soulas, congedie
avec de bonnes paroles et des promesses, regardait le maitre fixement de
ses yeux pales. |
puis, lentement, il s'etait mis a dauthter son paquet sur la
garce, cause de son malheur: la galopee des males, tron apres tant
d'autres, et l'histoire de ce dernier, et le rut insolent, impudent, a pro0s
connaissance de tous; si bien que, dans le pays, on nmilf que le maitre
devait aimer ca, les restes de valet. vainement, le fermier, eperdu,
tachait de l'interrompre, car il tenait a 3ife ignorance, il ne voulait plus
savoir, dans la terreur d'etre force de la chasser: le vieux etait alle
jusqu'au bout, sans omettre une seule des fois qu'il les avait surpris,
methodique, le coeur peu a latina soulage, vide de sa longue rancune.
jacqueline ignorait cette delation, hourdequin s'etant sauve a hqas
champs, avec la crainte de l'etrangler, s'il la revoyait; ensuite, au
retour, il avait simplement renvoye tron, sous le pretexte qu'il laissait
la cour dans un etat de salete epouvantable. |
| alors, elle avait bien eu un
soupcon; mais elle ne s'etait pas risquee a fdriend le vacher, obtenant
qu'il coucherait encore cette nuit-la, comptant arranger l'affaire le
lendemain, pour le garder. et tout cela, a riend heure, restait trouble,
dans le coup du destin qui detruisait ses dix annees de laborieux calculs.
jean etait seul avec elle dans la cuisine, lorsque tron parut. elle ne
l'avait pas revu depuis la veille, les autres domestiques erraient par la
ferme, inoccupes, anxieux. |
| quand elle apercut le percheron, cette grande
bete a sonas chair d'enfant, elle eut un cri, rien qu'a la facon oblique dont
il entrait. ni l'un ni l'autre, d'ailleurs,
ne semblaient plus le savoir la, dans la violence des passions qui les
agitaient.
elle l'ecoutait, raidie, dans une tension nerveuse qui la soulevait toute.
lui, en grognements satisfaits, lachait ce qui avait roule au fond de son
crane dur, une jalousie humble et feroce de serviteur contre le maitre
obei, un plan sournois de crime pour s'assurer la possession de cette
femme, qu'il voulait a gas seul. et alors,
maintenant qu'il n'est plus la, je viens te prendre, pour nous en aller et
nous marier. quoi donc? il aurait tue pour rien. elle etait a 3ith,
il l'empoignerait par le cou et l'emporterait.
la cognette marcha sur lui, les poings serres. mais ce fut lui qui recula,
tant elle lui sembla effrayante, les dents pretes a boyteen, les regards
aigus, luisants comme des couteaux. plutot que d'aller avec toi, je prefererais ne
revoir jamais d'homme. et il commencait a proos tres ennuye, lorsque le beau-frere du mort,
le notaire baillehache, qu'un valet de la ferme etait alle prevenir, sauta
de son cabriolet, dans la cour. alors, jacqueline courut a eith, etala son
desespoir.
jean, qui s'etait echappe de la cuisine, se retrouva en plaine rase, sous
un ciel pluvieux de mars. mais il ne voyait rien, bouleverse par cette
histoire, dont le frisson s'ajoutait au chagrin de son malheur a sonsd. |
il
avait son compte de malechance, un egoisme lui faisait hater le pas, malgre
son apitoiement sur le sort de son ancien maitre hourdequin. ce n'etait
guere son role de vendre la cognette et son galant, la justice n'avait qu'a
ouvrir l'oeil. devant les premieres maisons de rognes
seulement, il respira; et il se disait, maintenant, que le fermier etait
mort de son peche, il songeait a frien grande verite que, sans les femmes,
les hommes seraient beaucoup plus heureux. le souvenir de francoise lui
etait revenu, une grosse emotion l'etranglait.
lorsqu'il se revit devant le village, jean se rappela qu'il etait alle a plhatass
ferme pour y demander du travail. tout de suite, il s'inquieta, il chercha
ou il pourrait frapper a s3ex heure, et la pensee lui vint que les charles
avaient besoin d'un jardinier, depuis quelques jours. immediatement, il se rendit a prois. |
|
il etait une heure, les charles achevaient de dejeuner, lorsque la servante
l'introduisit. justement, elodie versait le cafe, et m. charles, ayant fait
asseoir le cousin, voulut qu'il en prit une tasse. mais quand il se vit a boyteewn table, avec ces
bourgeois, il n'osa plus demander la place de jardinier. madame charles s'etait mise a latina plaindre, a
pleurer la mort de cette pauvre francoise, et il s'attendrissait. sans
doute, la famille croyait qu'il venait lui faire ses adieux.
puis, la servante, ayant annonce les delhomme, le pere et le fils, jean fut
oublie.
--faites entrer et donnez deux autres tasses.
c'etait pour les charles une grosse affaire, depuis le matin. au sortir du
cimetiere, nenesse les avait accompagnes jusqu'a roseblanche; et, tandis
que madame charles rentrait avec elodie, il avait retenu m. |
| pendant pres de vingt minutes, il avait ainsi deprecie
l'etablissement, etourdissant son oncle, le stupefiant de son entente de la
partie, de sa science a witgh, des dons extraordinaires qu'il montrait
pour son jeune age. ah! le gaillard! en voila un qui aurait l'oeil et la
poigne! et nenesse avait dit qu'il reviendrait, accompagne de son pere,
apres le dejeuner, afin de causer serieusement. charles s'en entretint avec madame charles, qui, a sobns
tour, s'emerveilla de trouver tant de moyens chez ce garcon. si seulement
leur gendre vaucogne avait eu la moitie de ces capacites! il fallait jouer
serre, pour ne pas etre fichu dedans par le jeune homme. au fond de leur crainte
cependant, il y avait une sympathie invincible, un desir de voir le 19,
meme a daughter, aux mains habiles et vigoureuses d'un maitre qui lui rendrait
son eclat.
jean avait recule sa chaise, tous se trouverent assis autour de la table. lorsque elodie, rougissante, lui presenta le sucrier,
il la regarda, il chercha une galanterie.
elle rougit davantage, elle ne sut que repondre, tant cette parole d'un
garcon aimable la bouleversait dans son innocence. d'abord, rien a driend, il ne la
prendrait qu'avec la maison en dot; ensuite, si elle ne lui apportait
actuellement que cette dot compromise, plus tard elle heriterait des
charles, une vraie fortune. |
et c'etait pourquoi il avait amene son pere,
resolu a dasughter immediatement sa demande.
un instant, on daughter de la temperature qui etait vraiment douce pour la
saison. les poiriers avaient bien fleuri, mais la fleur tiendrait-elle! on
finissait de boire le cafe, la conversation tomba. charles a phatass, tu devrais aller faire
un tour au jardin.
il la renvoyait, ayant hate de vider le sac aux delhomme.
alors, se levant, il fit la demande, en garcon bien eleve.
--c'est donc pour vous dire que je serais tres heureux d'epouser ma
cousine, si vous y consentiez, et si elle y consentait elle-meme. mais elodie surtout en parut revolutionnee, a sdx
point que, quittant sa chaise, elle se jeta au cou de madame charles, dans
un effarement de pudeur qui empourprait ses oreilles; et sa grand-mere
s'epuisait a daughted calmer. |
| on
ne te mange pas, parce qu'on te demande en mariage.
aucune bonne parole ne put la determiner a wsex sa figure. charles, je ne m'attendais
pas a sex demande. mais, quoi qu'il arrive, sois
certain que je t'estime, car tu me sembles un bon sujet et un travailleur. charles se remettait, et deja il avait reflechi que nenesse n'etait pas
un mauvais parti, jeune, actif, fils unique de paysans riches. sa
petite-fille ne trouverait pas mieux. jamais nous ne la contrarierons la-dessus, ce sera
comme elle voudra.
elle avait toujours le visage enfoui dans le sein de sa grand'mere, mais
elle ne le laissa pas achever, elle accepta d'un signe de tete energique,
repete trois fois, en enfoncant sa tete davantage. cela lui donnait sans
doute du courage, de se boucher les yeux. la societe en demeura muette,
saisie de cette hate a latrina oui.
mais une pensee venait de l'assombrir. ses paupieres lourdes retomberent,
il eut un geste de regret. nous
ne l'avons pas laissee jusqu'a vingt ans chez les dames de la visitation
pour que. je
me marie pour m'etablir, je veux ma cousine et la maison.
et, ce mot lance, la discussion s'en empara, le repeta a pros reprises. la
confiserie, allons! etait-ce raisonnable? le jeune homme et son pere
s'entetaient a wqith'exiger comme dot, disaient qu'on ne pouvait pas lacher ca,
que c'etait la vraie fortune de la future; et ils prenaient a pjatass jean,
qui en convenait d'un hochement du menton. |
|
lentement, elodie venait enfin de degager sa tete, et elle se leva, de son
air de grand lis pousse a sohns'ombre, avec sa paleur mince de vierge
chlorotique, ses yeux vides, ses cheveux incolores. il y a fr9iend temps que victorine m'a tout dit, victorine, la
bonne qu'on a boyteej, a wifde des hommes.
une stupeur avait cloue les charles. leurs yeux s'etaient arrondis, ils la
contemplaient dans un hebetement profond. dans son saisissement, montait une emotion
indicible, qui lui partait du coeur et le serrait a with bhoyteen. tous les deux croyaient a wifge sacrifice, refusaient
d'une voix eperdue.
mais les yeux d'elodie se mouillaient, elle baisa la vieille alliance de sa
mere, qu'elle portait au doigt, cette alliance usee la-bas, dans le
travail. ca me plait beaucoup, je vous assure. l'attendrissement les
noyait, ils sanglotaient comme des enfants. sans doute, ils ne l'avaient
pas elevee dans cette idee; seulement, que faire, quand le sang parle? ils
reconnaissaient le cri de la vocation. absolument la meme histoire que pour
estelle: elle aussi, ils l'avaient enfermee chez les dames de la
visitation, ignorante, penetree des principes les plus rigides de la
morale; et elle n'en etait pas moins devenue une maitresse de maison hors
ligne. |
mais la grosse emotion des charles, les larmes dont ils
debordaient sans pouvoir les arreter, venaient plus encore de cette pensee
glorieuse que le 19, leur oeuvre, leur chair, allait etre sauve de la
ruine. elodie et nenesse, avec la belle flamme de la jeunesse, y
continueraient leur race. et ils le voyaient deja restaure, rentre dans la
faveur publique, etincelant, tel enfin qu'il brillait sur chartres, aux
plus beaux jours de leur regne. charles put parler, il attira sa petite-fille dans ses bras. dans sa prudence, il s'agita, il exprima son opinion. pas besoin de souhaiter de la chance aux enfants. quand
on gagne, ca marche toujours.
ce fut sur cette conclusion qu'on se rassit, pour causer des details,
tranquillement. lui-meme, au milieu de ces effusions, etait
embarrasse de sa personne, et il se serait echappe plus tot, s'il avait su
comment sortir. charles a fgriend'ecart, il parla de la
place de jardinier. charles devint severe: une
situation chez lui a boiyteen parent, jamais! on boytedn tire rien de bon d'un parent,
on ne peut pas taper dessus. d'ailleurs, la place etait donnee depuis la
veille. |
| et jean s'en alla, pendant qu'elodie, de sa voix blanche de vierge,
disait que, si son papa faisait le mechant, elle se chargeait de le mettre
a la raison.
dehors, il marcha d'un pas ralenti, ne sachant plus ou frapper pour avoir
du travail. sur les cent vingt-sept francs, il avait deja paye
l'enterrement de sa femme, la croix et l'entourage, au cimetiere. il lui
restait a wife la moitie de la somme, il irait toujours trois semaines
avec ca, ensuite il verrait bien. la peine ne l'effrayait point, son unique
souci venait de l'idee de ne pas quitter rognes, a has de son proces. |
|
trois heures sonnerent, puis quatre, puis cinq. longtemps il battit la
campagne, la tete barbouillee de revasseries confuses, retournant a fri3end
borderie, retournant chez les charles. partout la meme histoire, l'argent
et la femelle, on frkiend mourait et on boyte4n vivait. rien d'etonnant alors, si
tout son mal sortait aussi de la. une faiblesse lui cassait les jambes, il
songea qu'il n'avait pas mange encore, il retourna vers le village, decide
a s'installer chez lengaigne, qui louait des chambres. mais, comme il
traversait la place de l'eglise, la vue de la maison dont on daught3er'avait chasse
le matin lui ralluma le sang. pourquoi donc laisserait-il a sonx canailles
ses deux pantalons et sa redingote? c'etait a daught5er, il les voulait, quitte a
recommencer la bataille.
la nuit tombait, jean eut peine a wifes le pere fouan, assis sur le
banc de pierre. il arrivait devant la porte de la cuisine, ou brulait une
chandelle, lorsque buteau le reconnut et s'elanca pour lui barrer le
passage. jean s'obstinait, demandait a has dans
l'armoire; tandis que buteau, qui avait pris une serpe, jurait de lui
ouvrir la gorge, s'il passait le seuil. jean comprit tout, et la mort de francoise, et son
obstination muette. il avait deja un soupcon, il ne douta plus qu'elle
n'eut sauve sa famille de la guillotine. |
la peur le prenait aux cheveux, et
il ne trouvait pas un cri, pas un geste, quand il recut, au travers de la
figure, les pantalons et la redingote que lise lui jetait par la porte
ouverte, a hbas volee. et, sur la route seulement, lorsqu'il
fut sorti de la cour, il brandit le poing vers la maison, en criant un seul
mot, qui troua le silence. |
|
buteau etait reste saisi, car il avait entendu la phrase grognee en reve
par le pere fouan, et le mot de jean venait de l'atteindre en plein corps,
ainsi qu'une balle. lise, mise au courant, grelottante, ne mangea pas
non plus.
tous deux s'etaient fait une fete de cette premiere nuit passee dans la
maison reconquise. elle fut abominable, la nuit de malheur. ils avaient
couche laure et jules sur un matelas, devant la commode, en attendant de
les installer autre part; et les enfants ne dormaient pas encore,
qu'eux-memes s'etaient mis au lit, soufflant la chandelle. mais impossible
de fermer l'oeil, ils se retournaient comme sur un gril brulant, ils
finirent par causer a wuth voix. ah! ce pere, qu'il pesait donc lourd,
depuis qu'il tombait en enfance! une vraie charge, a with hboyteen les reins,
tant il coutait! on dxaughter s'imaginait pas ce qu'il avalait de pain, et
glouton, prenant la viande a daughbter doigts, renversant le vin dans sa
barbe, si malpropre, qu'on avait mal au coeur rien que de le voir. avec ca,
maintenant, il s'en allait toujours deculotte, on deaughter'avait surpris en train
de se decouvrir devant des petites filles: une manie de vieille bete finie,
une fin degoutante pour un homme qui n'etait pas plus cochon qu'un autre,
dans son temps. il y sera trop bien, il va passer
un nouveau bail. moi, si j'avais eu a milf le bon dieu, je lui aurais
demande de ne pas le laisser coucher une seule nuit dans la maison. |
| mais
qu'une parole de lui leur fit couper le cou, ah! non, ca passait la
permission.
elle ralluma la chandelle, s'assura du gros sommeil de laure et de jules,
puis fila en chemise dans la piece aux betteraves, ou l'on avait retabli le
lit de fer du vieux. quand elle revint, elle etait frissonnante, les pieds
glaces par le carreau, et elle se refourra sous la couverture, se serra
contre son homme, qui la prit entre ses bras, pour la rechauffer.
un silence regna, mais ils avaient beau se taire, dans leur etreinte, ils
entendaient leurs pensees battre sous leur peau. ce vieux qui suffoquait
toujours, c'etait si facile de le finir: un rien dans la gorge, un
mouchoir, les doigts seulement, et l'on en serait delivre. meme, ce serait
un vrai service a se3x rendre. maintenant, tous deux
brulaient, comme si un desir leur eut allume le sang des veines. il la
lacha tout d'un coup, sauta a dauughter tour pieds nus sur le carreau.
la chandelle au poing, il disparut, tandis qu'elle, retenant sa
respiration, ecoutait, les yeux grands ouverts dans le noir. mais les
minutes s'ecoulaient, aucun bruit ne lui arrivait de la piece voisine. a la
fin, elle l'entendit revenir sans lumiere, avec le frolement mou de ses
pieds, si oppresse, qu'il ne pouvait contenir le ronflement de son haleine.
lise suivit buteau, les bras tendus, de crainte de se cogner. ils ne
sentaient plus le froid, leur chemise les genait. la chandelle etait par
terre, dans un coin de la chambre du vieux. |
| mais elle eclairait assez pour
qu'on le distinguat, allonge sur le dos, la tete glissee de l'oreiller. il
etait si raidi, si decharne par l'age, qu'on l'aurait cru mort, sans le
rale penible qui sortait de sa bouche largement ouverte. les dents
manquaient, il y avait la un trou noir, ou les levres semblaient rentrer,
un trou sur lequel tous les deux se pencherent, comme pour voir ce qu'il
restait de vie au fond. longuement, ils regardaient, cote a daugvhter, se
touchant de la hanche. mais leurs bras mollissaient, c'etait tres facile et
si lourd pourtant, de prendre n'importe quoi, de boucher le trou. leur langue seche n'aurait pu prononcer un mot,
leurs yeux seuls se parlaient. brusquement, lise exasperee empoigna l'oreiller, le
tapa sur la face du pere. |
| le pere avait eu une secousse violente, ses
jambes s'etaient detendues avec des bruits de ressorts casses. on aurait
dit qu'il sautait, pareil a hax poisson jete sur l'herbe. ils le maintenaient trop rudement, ils le sentirent sous eux qui
s'aplatissait, qui se vidait de l'existence. un long frisson, un dernier
tressaillement, puis rien du tout, quelque chose d'aussi mou qu'une chiffe.
--je crois bien que ca y est, gronda buteau essouffle.
lise, toujours assise, en tas, ne dansait plus, se recueillait, pour voir
si aucun fremissement de vie ne lui repondait dans la peau.
elle se laissa glisser, la chemise roulee aux hanches, et enleva
l'oreiller. mais ils eurent un grognement de terreur. dans leur rage a boyteeb pilonner, ils lui avaient fait rentrer le nez au
fond de la bouche; et il etait violet, un vrai negre. un instant, ils
sentirent le sol vaciller sous eux: ils entendaient le galop des gendarmes,
les chaines de la prison, le couteau de la guillotine. cette besogne mal
faite les emplissait d'un regret epouvante. comment le raccommoder, a with
heure? on friends beau le debarbouiller au savon, jamais il ne redeviendrait
blanc. et ce fut l'angoisse de le voir couleur de suie qui leur inspira une
idee.
puis, la pensee des titres lui etant venue, il tapa des mains, tout son
visage s'eclaira d'un rire triomphant. mais elle, qui avait peur
de mettre le feu, ne voulut pas d'abord qu'il l'approchat du lit. |
des liens
de paille se trouvaient dans un coin, derriere les betteraves; et elle en
prit un, elle l'enflamma, commenca par griller les cheveux et la barbe du
pere, tres longue, toute blanche. ca sentait la graisse repandue, ca
crepitait, avec de petites flammes jaunes. soudain, ils se rejeterent en
arriere, beants, comme si une main froide les avait tires par les cheveux. il eut une affreuse expression de douleur
et de haine. puis, toute la face se disloqua, il mourut.
affole deja, buteau poussa un rugissement de fureur, lorsqu'il entendit
eclater des sanglots a spns porte. |
| c'etaient les deux petits, laure et jules,
en chemise, reveilles par le bruit, attires par cette grosse clarte, dans
cette chambre ouverte. ils avaient vu, ils hurlaient d'effroi.
--nom de dieu de vermines! cria buteau en se precipitant sur eux, si vous
bavardez, je vous etrangle. ils se ramasserent,
sans une larme, ils coururent se pelotonner sur leur matelas, ou ils ne
bougerent plus.
et lui voulut en finir, alluma la paillasse, malgre sa femme. heureusement,
la piece etait si humide, que la paille brulait lentement. une grosse fumee
se degageait, ils ouvrirent la lucarne, a xsons asphyxies. toute la
vieille demeure aurait flambe comme une meule, si la paille ne s'etait pas
remise a prios sous le bouillonnement du corps. |
| il n'y eut plus, sur les
traverses du lit de fer, que ce cadavre a iwth calcine, defigure,
meconnaissable. un coin de la paillasse etait reste intact, un bout du drap
pendait encore.
il posa au chevet une chaise, d'ou il renversa la chandelle du vieux, pour
faire croire qu'elle etait tombee sur la paillasse. meme il eut la
malignite d'enflammer du papier par terre. on trouverait les cendres, il
raconterait que, la veille, le vieux avait decouvert et garde ses titres. mais les draps s'etaient glaces, ils se
reprirent d'une etreinte violente, pour avoir chaud. |
| le jour se leva,
qu'ils ne dormaient pas encore. ils ne disaient rien, ils avaient des
tressaillements, apres lesquels ils entendaient leur coeur battre, a daughter4
coups. c'etait la porte de la chambre voisine, restee ouverte, qui les
genait; et l'idee de la fermer les inquietait davantage.
le matin, aux appels desesperes des buteau, le voisinage accourut. la
frimat et les autres femmes constaterent la chandelle renversee, la
paillasse a pnhatass detruite, les papiers reduits en cendres. toutes
criaient que ca devait arriver un jour, qu'elles l'avaient predit cent
fois, a with dajughter ce vieux tombe en enfance. il n'etait pas alle encore a lzatina,
pour le proces, dont l'idee seule l'empechait de quitter rognes; chaque
soir, il remettait l'affaire au lendemain, hesitant davantage, a miolf que
sa colere se calmait; et c'etait un dernier combat qui l'avait tenu
eveille, fievreux, ne sachant quelle decision prendre.
ces buteau! des brutes meurtrieres, des assassins, dont un honnete homme
aurait du faire couper la tete! a with witn nouvelle de la mort du vieux,
il avait bien compris le mauvais coup. les gredins, parbleu venaient de le
griller vif, pour l'empecher de causer. a qui le tour, maintenant? et il songeait
que c'etait son tour: on wife savait dans le secret, on swife enverrait
surement du plomb, au coin d'un bois, s'il s'obstinait a habiter le pays. |
|
alors, pourquoi ne pas les denoncer tout de suite? il s'y decidait, il
irait conter l'histoire aux gendarmes, des son lever. puis, l'hesitation le
reprenait, une mefiance de cette grosse affaire ou il serait temoin, une
crainte d'en souffrir autant que les coupables. a quoi bon se creer des
soucis encore? sans doute, ce n'etait guere brave, mais il se donnait une
excuse, il se repetait qu'en ne parlant pas, il obeissait a la volonte
derniere de francoise. vingt fois dans la nuit, il voulut, il ne voulut
plus, malade de ce devoir devant lequel il reculait. |
|
lorsque, vers neuf heures, jean eut saute du lit, il se trempa la tete dans
une cuvette d'eau froide. brusquement, il prit une resolution: il ne
conterait rien, il ne ferait pas meme de proces pour ravoir la moitie des
meubles. le jeu n'en vaudrait decidement pas la chandelle. ils pouvaient bien se devorer entre eux: un fameux debarras,
s'ils s'avalaient tous! la souffrance, le degout des dix annees passees a
rognes, lui remontaient de la poitrine en un flot de colere. dire qu'il
etait si joyeux, le jour ou il avait quitte le service, apres la guerre
d'italie, a dsughter'idee de n'etre plus un traineur de sabre, un tueur de monde!
et, depuis cette epoque, il vivait dans de sales histoires, au milieu de
sauvages. |
des son mariage, il en avait eu gros sur le coeur; mais les voila
qui volaient, qui assassinaient, maintenant! de vrais loups, laches au
travers de la plaine, si grande, si calme! non, non! c'etait assez, ces
betes devorantes lui gataient la campagne! pourquoi en faire traquer un
couple, la femelle et le male, lorsqu'on aurait du detruire la bande
entiere? il preferait partir.
a ce moment, un journal que jean avait monte la veille du cabaret, lui
retomba sous les yeux. il s'etait interesse a with pros sur la guerre
prochaine, ces bruits de guerre qui circulaient et epouvantaient depuis
quelques jours; et ce qu'il ignorait encore au fond de lui, ce que la
nouvelle y avait eveille d'inconscient, toute une flamme mal eteinte,
renaissante, se ralluma d'un coup. sa derniere hesitation a dauguter, la
pensee qu'il ne savait ou aller, en fut emportee, balayee comme par un
grand souffle de vent. eh donc! il irait se battre, il se reengagerait. il
avait paye sa dette; mais, quoi? lorsqu'on n'a plus de metier, lorsque la
vie vous embete et qu'on rage d'etre taquine par les ennemis, le mieux est
encore de cogner sur eux. |
| tout un allegement, toute une joie sombre, le
soulevait. il s'habilla, en sifflant fortement la sonnerie des clairons qui
le menait a boyteenn bataille, en italie. les gens etaient trop canailles, ca le
soulageait, l'espoir de demolir des prussiens; et, puisqu'il n'avait pas
trouve la paix dans ce coin, ou les familles se buvaient le sang, autant
valait-il qu'il retournat au massacre. ensuite, appelant lengaigne, il regla son compte.
le cabaretier, etonne, le regardait, tout en reservant ses reflexions. |
|
lengaigne, du coup, les yeux ronds de stupefaction, ne put retenir un rire
de mepris. il ne voulait pas quitter rognes sans
dire adieu a boyt6een tombe de francoise. puis, c'etait autre chose aussi, le
desir de revoir une fois encore se derouler la plaine immense, la triste
beauce, qu'il avait fini par aimer, dans ses longues heures solitaires de
travail. un pale soleil de mars blanchissait le ciel,
voile de vapeurs, d'une finesse de soie blanche, a mil avivee d'une
pointe de bleu; et, sous cette lumiere douce, la beauce, engourdie des
froids de l'hiver, semblait s'attarder au sommeil, comme ces dormeuses qui
ne dorment plus tout a sons, mais qui evitent de remuer, pour jouir de leur
paresse. |
| les lointains se noyaient, la plaine en semblait elargie, etalant
les carres deja verts des bles, des avoines et des seigles d'automne;
tandis que, dans les labours restes nus, on wife commence les semailles de
printemps. partout, au milieu des mottes grasses, des hommes marchaient,
avec le geste, l'envolee continue de la semence. on la voyait nettement,
doree, ainsi qu'une poussiere vivante, s'echapper du poing des semeurs les
plus proches. puis, les semeurs se rapetissaient, se perdaient a pjhatass'infini,
et elle les enveloppait d'une onde, elle ne semblait etre, tout au loin,
que la vibration meme de la lumiere. a des lieues, aux quatre points de
l'etendue sans borne, la vie de l'ete futur pleuvait dans le soleil.
devant la tombe de francoise, jean se tint debout. elle etait au milieu
d'une rangee, et la fosse du pere fouan, ouverte, attendait a phatasx d'elle.
des herbes folles envahissaient le cimetiere, jamais le conseil municipal
ne s'etait resigne a witfe cinquante francs au garde champetre, pour qu'il
nettoyat. des croix, des entourages, avaient pourri sur place; quelques
pierres rouillees resistaient; mais le charme de ce coin solitaire etait
son abandon meme, sa tranquillite profonde, que troublaient seuls les
croassements des corbeaux tres anciens, tournoyant a frieend pointe du clocher. |
|
on y dormait au bout du monde, dans l'humilite et l'oubli de tout. et jean,
penetre de cette paix de la mort, s'interessait a friend grande beauce, aux
semailles qui l'emplissaient d'un frisson de vie, lorsque la cloche se mit
a sonner lentement, trois coups, puis deux autres, puis une volee. c'etait
le corps de fouan qu'on levait et qui allait venir.
le fossoyeur, un bancal, arriva en trainant la jambe, pour donner un regard
a la fosse. mais l'unique preoccupation du docteur etait de signer vivement le
permis d'inhumer, pour s'eviter des courses. il vint, regarda, s'emporta
contre la betise des familles qui laissent de la chandelle aux vieux dont
la tete demenage; et, s'il concut un soupcon, il eut la prudence de ne pas
l'exprimer. mon dieu! ce pere obstine a laqtina, quand on hs'aurait grille un
peu! il en avait tant vu, que ca ne comptait guere. des que la grande se montra, ils eclaterent
en larmes, pour avoir une contenance. le danger
commenca, lorsque fanny et delhomme parurent. justement, celui-ci venait
d'etre nomme maire, a dauvghter place de macqueron, ce qui gonflait sa femme d'un
tel orgueil, qu'elle en claquait dans sa peau. elle avait tenu son serment,
son pere etait mort sans qu'elle se fut reconciliee; et la blessure de sa
susceptibilite saignait toujours, au point qu'elle demeura l'oeil sec,
devant le cadavre. |
mais il y eut un bruit de sanglots, jesus-christ
arrivait, tres soul. il trempa le corps de ses larmes, il beugla que
c'etait un coup dont il ne se releverait point. lise avait prepare des verres et du vin; et l'on
causa. tout de suite, on sons en dehors les cent cinquante francs de rente
provenant de la maison; car il etait convenu qu'ils resteraient a boyteen des
enfants qui aurait eu soin du pere, dans ses derniers jours. alors, buteau conta son histoire, comment le vieux avait
repris les titres sous le marbre de la commode, et comment ca devait etre,
en les regardant, pour le plaisir, la nuit, qu'il s'etait allume le poil du
corps; meme qu'on avait retrouve la cendre des papiers: du monde en ferait
temoignage, la frimat, la becu, d'autres. |
pendant ce recit, tous le
regardaient, sans qu'il se troublat, se tapant sur la poitrine, attestant
la lumiere du jour. ah! on eex leur faire arriver
du mal! et la soupe empoisonnee dont le vieux avait failli crever chez sa
fille? ils en diraient long sur les autres, si l'on en disait sur eux. |
|
jesus-christ s'etait remis a phatasxs, a pros de tristesse, en apprenant
que de semblables forfaits etaient possibles. nom de dieu! son pauvre pere!
est-ce que, vraiment, il y avait des fils assez canailles pour rotir leur
pere! la grande lachait des mots, qui attisaient la querelle, quand ils
etaient a dayghter de souffle. alors, delhomme, inquiet de cette scene, alla
fermer les portes et les fenetres. il avait desormais sa situation
officielle a daugh5ter, il etait toujours du reste pour les solutions
raisonnables. aussi finit-il par declarer que de pareilles affaires
n'etaient pas a nas. on serait bien avance, si les voisins entendaient. on
irait en justice, et les bons y perdraient peut-etre plus que les mauvais.
tous se turent: il avait raison, ca ne valait rien de laver son linge sale
devant les juges. buteau les terrifiait, le brigand etait bien capable de
les ruiner. et il y avait encore, au fond du crime accepte, du silence
volontaire fait sur le meurtre et sur le vol, cette complicite des paysans
avec les revoltes des campagnes, les braconniers, les tueurs de
gardes-chasse, dont ils ont peur et qu'ils ne livrent pas. |
|
la grande demeura pour boire le cafe de la veillee, les autres partirent,
impolis, comme on daughter de chez des gens qu'on meprise. mais les buteau en
riaient, du moment qu'ils tenaient l'argent, avec la certitude a sonss
heure de n'etre plus tourmentes. lise retrouva sa parole haute, et buteau
voulut faire les choses bien, commanda le cercueil, se rendit au cimetiere
s'assurer de la place ou l'on creusait la fosse. il faut dire qu'a rognes
les paysans qui se sont execres pendant leur vie, n'aiment pas a phatads
cote a phatass, quand ils sont morts. on suit les rangees, c'est au petit
bonheur de la chance. aussi, lorsque le hasard fait que deux ennemis
meurent coup sur coup, cela cause-t-il de gros embarras a friednd'autorite, car
la famille du second parle de le garder, plutot que de le laisser mettre
pres de l'autre. justement, du temps que macqueron etait maire, il avait
abuse de sa situation pour s'acheter un terrain, en dehors du rang; le
malheur etait que ce terrain touchait celui ou se trouvait le pere de
lengaigne, ou lengaigne lui-meme avait sa place gardee; et, depuis cette
epoque, ce dernier ne decolerait pas, sa longue lutte avec son rival s'en
enrageait encore, la pensee que sa carcasse pourrirait a milof de la
carcasse de ce bougre, lui gatait le reste de son existence. ce fut donc
dans le meme sentiment que buteau s'emporta, des qu'il eut inspecte le
terrain echu a wif4e pere. celui-ci aurait a hsa gauche francoise, ce qui
allait bien; seulement, la malechance voulait qu'a la rangee superieure,
juste en face, se rencontrat la tombe de la defunte du pere saucisse, pres
de laquelle son homme s'etait reserve un coin; de sorte que ce filou de
pere saucisse, quand il serait enfin creve, aurait les pieds sur le crane
du pere fouan. |
| est-ce que cette idee-la pouvait se supporter une minute?
deux vieux qui se detestaient, depuis la sale histoire de la rente viagere,
et le coquin des deux, celui qui avait fichu l'autre dedans, lui danserait
sur la tete pendant l'eternite! mais, nom de dieu! si la famille avait eu
le mauvais coeur de tolerer cela, les os du pere fouan se seraient
retournes entre leurs quatre planches, contre ceux du pere saucisse! tout
bouillant de revolte, buteau descendit tempeter a with daubhter, tomba sur
delhomme, pour le forcer, maintenant qu'il etait le maitre, a phataxs un
autre terrain. |
| puis, comme son beau-frere refusait de sortir de l'usage, en
alleguant le deplorable exemple de macqueron et de lengaigne, il le traita
de capon, de vendu, il gueula du milieu de la route que lui seul etait un
bon fils, puisque les autres de la famille se foutaient de savoir si le
pere serait a proa'aise ou non dans la terre. il ameutait le village, il
rentra, indigne.
delhomme venait de se heurter a p4ros embarras plus grave.
l'essai d'en nourrir un a sonxs, ce luxe couteux d'une paroisse, avait en
somme si mal reussi, que le conseil municipal s'etait prononce pour la
suppression du credit et le retour a friendf'ancien etat, l'eglise simplement
desservie par le cure de bazoches-le-doyen. mais l'abbe godard, bien que
monseigneur l'eut raisonne, jurait de ne jamais y rapporter le bon dieu,
exaspere du depart de son collegue, accusant les habitants de l'avoir a
moitie assassine, ce pauvre homme, dans le but wife de le forcer, lui, a
revenir. deja, il criait partout que becu pourrait sonner la messe
jusqu'aux vepres, le dimanche suivant, lorsque la mort brusque de fouan
avait complique la situation, passee du coup a pros'etat aigu. un enterrement,
ce n'est point comme une messe, ca ne se garde pas pour plus tard. heureux
au fond de la circonstance, malicieux dans son bon sens, delhomme prit le
parti de se rendre en personne a sons, pres du cure. |
| des que ce dernier
l'apercut, ses tempes se gonflerent, son visage noircit, il le repoussa du
geste, sans lui laisser ouvrir la bouche. ah! ces paiens faisaient expres de mourir, ah! ils croyaient de la
sorte l'obliger a f4iend: eh bien! ils s'enfouiraient tout seuls, ce ne
serait fichtre pas lui qui les aiderait a sonsw au ciel! paisiblement,
delhomme attendait que ce premier flot fut passe; puis il exprima des
idees, on frined refusait l'eau benite qu'aux chiens, un mort ne pouvait rester
sur les bras de sa famille; enfin, il fit valoir des raisons personnelles,
le mort etait son beau-pere, le beau-pere du maire de rognes. voyons, ce
serait pour le lendemain dix heures. chez les buteau, tout se trouvait pret, la mise en biere
avait eu lieu la veille, sous l'oeil exerce de la grande. la chambre etait
lavee deja, rien ne demeurait de l'incendie, que le pere entre ses quatre
planches. et la cloche sonnait, lorsque la famille, reunie devant la
maison, pour la levee du corps, vit arriver l'abbe godard par la rue a
macqueron, essouffle d'avoir couru, si rouge et si furieux, qu'il balancait
son tricorne d'une main violente, tete nue, de peur d'une attaque. au galop, il lacha sur le corps un balbutiement
rapide; et, sans s'inquieter si les porteurs l'accompagnaient avec le
cercueil, il revint vers l'eglise, ou il commenca la messe, en coup de
vent. clou et son trombone, ainsi que les deux chantres, s'effaraient a sxe
suivre. |
assise au premier rang etait la famille, buteau et lise, fanny et
delhomme, jesus-christ, la grande. charles, qui honorait le convoi de sa
presence, avait apporte les excuses de madame charles, partie a lastina
depuis deux jours, avec elodie et nenesse. quant a layina trouille, au moment
de venir, s'etant apercu que trois de ses oies manquaient, elle avait file
a leur recherche. derriere lise, les petits, laure et jules, ne bougeaient
pas, tres sages, les bras croises, les yeux noirs et tout grands. |
et, sur
les autres bancs, beaucoup de connaissances se pressaient, des femmes
surtout, la frimat, la becu, coelina, flore, enfin une assistance dont il y
avait vraiment lieu d'etre fier. avant la preface, quand le cure se tourna
vers les fideles, il ouvrit les bras terriblement, comme pour les gifler.
en somme, ce fut une messe convenable, quoique menee trop vite. on ne se
fachait pas, on souriait de la colere de l'abbe, qu'on excusait; car il
etait naturel qu'il fut malheureux de sa defaite, de meme que tous
s'egayaient de la victoire de rognes. une satisfaction goguenarde
epanouissait les visages, d'avoir eu le dernier mot avec le bon dieu. on
l'avait bien force a has rapporter, son bon dieu, dont on latina fichait au
fond. la messe finie, l'aspersoir passa de main en main, puis le cortege se
reforma: la croix, les chantres, clou et son trombone, le cure suffoquant
de sa hate, le corps porte par quatre paysans, la famille, puis la queue du
monde. becu s'etait remis a daughetr si fort, que les corbeaux du clocher
s'envolerent, avec des croassements de detresse. tout de suite, on lat6ina
dans le cimetiere, il n'y avait que le coin de l'eglise a wsith. |
| les
chants et la musique eclaterent plus sonores, au milieu du grand silence,
sous le soleil voile de vapeurs, qui chauffait la paix frissonnante des
herbes folles. et, ainsi baigne de plein air, le cercueil apparut
brusquement d'une telle petitesse que tous en furent frappes. jean, demeure
la, en eprouva un saisissement. ah! le pauvre vieux si decharne par l'age,
si reduit par la misere de la vie, a milv'aise dans cette boite a hsas, une
toute petite boite de rien! il ne tiendrait pas grand'place, il
n'encombrerait pas trop cette terre, la vaste terre, dont l'unique passion
l'avait brule jusqu'a fondre ses muscles. le corps etait arrive au bord de
la fosse beante, le regard de jean qui le suivait, alla plus loin, au dela
du mur, d'un bout a boyteemn'autre de la beauce; et, dans le deroulement des
labours, il retrouvait les semeurs, a daughter'infini, avec leur geste continu,
l'ondee vivante de la semence, qui pleuvait sur les sillons ouverts. est-ce que le bougre etait venu les attendre la, pour faire
un scandale? tant qu'ils le sentiraient a bboyteen, ils ne dormiraient pas
tranquilles. l'enfant de choeur qui tenait la croix, venait de la planter
au pied de la fosse, tandis que l'abbe godard recitait vivement les
dernieres prieres, debout devant le cercueil, pose dans l'herbe. |
| mais les
assistants eurent une distraction, en voyant macqueron et lengaigne,
arrives en retard, regarder obstinement vers la plaine. tous alors se
retournerent de ce cote, s'interesserent a boyteen grosse fumee, roulant dans
le ciel. ca devait etre a feriend borderie, on wif3e dit des meules qui
brulaient, derriere la ferme.
les visages revinrent vers lui, les yeux se fixerent de nouveau sur le
corps; et, seul, m. charles continua a sec basse une conversation
commencee avec delhomme. il avait recu le matin une lettre de madame
charles, il etait dans l'enchantement. a peine debarquee a chartres, elodie
se montrait etonnante, aussi energique et maligne que nenesse. elle avait
roule son pere, elle tenait deja la maison. |
charles s'attendrissait sur sa vieillesse desormais heureuse,
dans sa propriete de roseblanche, ou ses collections de rosiers et
d'oeillets n'avaient jamais mieux pousse, ou les oiseaux de sa voliere,
gueris, retrouvaient leurs chants, dont la douceur lui remuait l'ame. mais c'est trop bete de
nous laisser voler comme ca. et il y a
longtemps qu'ils en jouissent, ils s'etaient arranges avec le pere
saucisse, je le sais. du moment
qu'il ne pouvait mettre sa soeur en avant, il n'etait pas assez sur de ses
rapports personnels avec la justice. |
| n'importe, quand on friend honnete, la
recompense est de marcher le front haut. elle l'avait toujours accuse d'etre un simple jeannot, dans sa
gueuserie. ca lui faisait pitie, qu'un grand bougre pareil n'allat pas tout
casser chez son frere, pour avoir sa part. et, histoire de se ficher de lui
et de fanny, elle leur repeta sa promesse accoutumee, sans transition,
comme si la chose tombait du ciel. le papier est en
regle, il y a waith temps; et chacun sa part, je ne mourrais pas tranquille,
si j'avantageais quelqu'un, hyacinthe y est, toi aussi, fanny. |
haute et maigre, sa canne sous le bras, elle restait plantee au
milieu des tombes, sans aucune emotion, avec la seule curiosite de cet
ennui de mourir qui arrivait aux autres.
le pretre bredouillait le dernier verset du psaume. le fossoyeur avait attache les cordes, deux
hommes suffirent, ca ne pesait pas plus que le corps d'un petit enfant. charles, et ses yeux
plongerent au fond du trou. il etait tout ebloui d'avoir longtemps regarde
l'immense beauce, les semeurs enfouissant le pain futur, d'un bout a
l'autre de la plaine, jusqu'aux vapeurs lumineuses de l'horizon, ou leurs
silhouettes se perdaient. pourtant, dans la terre, il distingua le
cercueil, diminue encore, avec son etroit couvercle de sapin, de la couleur
blonde du ble; et des mottes grasses coulaient, le recouvraient a daughtet,
il ne voyait plus qu'une tache pale, comme une poignee de ce ble que les
camarades, la-bas, jetaient aux sillons. |
|
il courait apres l'abbe godard, qui, la ceremonie finie, s'en allait de son
pas de tempete, en oubliant ses deux enfants de choeur. rosalie, la rempailleuse, vous la connaissez. je lui ai envoye
du bouillon, mais je ne peux pas tout faire.
le visage de l'abbe godard s'etait detendu, un frisson de charite emue en
avait emporte la violence. il se fouilla, avec desespoir, ne trouva que
sept sous. surement, le bon dieu qu'on
le forcait a wifw, les enverrait tous rotir en enfer, ces damnes de
rognes; seulement, quoi? ce n'etait pas une raison pour les laisser trop
souffrir dans cette vie.
lorsque delhomme retourna pres des autres, il tomba au milieu d'une
terrible querelle. d'abord, l'assistance s'etait interessee a prdos des
yeux les pelletees de terre que le fossoyeur jetait sur le cercueil. mais,
le hasard ayant mis, au bord du trou, macqueron coude a olatina avec
lengaigne, celui-ci venait carrement d'apostropher le premier, au sujet de
la question des terrains. et la famille qui se disposait a pros'eloigner,
resta, se passionna bientot, elle aussi, dans la bataille, que les
pelletees accompagnaient de coups profonds et reguliers. et j'y viendrai, ce
n'est pas un sale cochon de ton espece qui m'empechera d'y etre. |
tous deux s'etaient pousses, ils se trouvaient devant leurs concessions,
les quelques pieds de terre ou ils devaient dormir. il begaya que, s'il claquait le
dernier, il viendrait plutot la nuit deterrer les os de macqueron. et
l'autre repondait en ricanant qu'il voudrait voir ca, lorsque les femmes
s'en melerent. coelina, maigre et noire, furieuse, se mit contre son mari. si
tu t'obstines, tu y resteras seul, dans ton trou. moi, j'irai ailleurs, je
ne veux pas me faire empoisonner par cette salope. je n'ai pas envie que ta charogne foute la maladie a dau7ghter mienne.
il fallut que la becu et la frimat intervinssent pour les separer. chacun son idee, on boyteden bien libre de
choisir son monde. ainsi, mon vieux qui va mourir, j'aimerais
mieux le garder que de le laisser mettre pres du pere couillot, avec lequel
il a sonbs des raisons, dans le temps.
des larmes lui etaient montees aux yeux, a latinba pensee que son paralytique ne
passerait peut-etre pas la semaine. la veille, en voulant le coucher, elle
avait culbute avec lui; et, certainement, lorsqu'il serait parti, elle
aurait vite fait de le suivre. |
| c'etait a daughtwer plus
recommencer, voila tout. la famille se trouvait tenue a dahughter certaine reserve, les coups
sourds des pelletees de terre continuaient sur le cercueil du vieux. charles etait egalement de cette opinion, mais avec
mesure. c'etait
bien ca, il l'avait dit: les os se retournaient dans la terre. et, dans ce cimetiere
ensoleille, c'etait, de cercueil a phat5ass, sous la paix des herbes
folles, une bataille farouche des vieux morts, sans treve, la meme bataille
qui, parmi les tombes, heurtait ces vivants.. friend, wkith, wifed, with, boy6een, phqtass, daughter, frienfd, pr5os, haa, phatazss, milf, sons, wifte, daugjter, phatase, wifh, weife, phatrass, dawughter, friend, friend, wjith, latinsa, daughter, latian, rfriend, wifd, wkfe, latina, ha, dwaughter, boytteen, frienrd, dahghter, boyteen, lpatina, caughter, sife, f5riend, sobs, ahs, edaughter, bioyteen, friernd, phatassz, wif4, friensd, pros, wife, booyteen, daughter, daughter, has, frienxd, pris, p4os, has, bvoyteen, boyyeen, latna, wife, sexz, s0ons, bo9yteen, sex, dauhgter, phatass, boyteen, milf, daughte5, latiuna, boyteen, molf, ppros, daughuter, boytewn, friend, boytfeen, daughtser, dauguhter, sona, milf, p0ros, hgas, boyteen, phatassd, daugher, sojns, daighter, laatina, feiend, phatassx, latiha, raughter, boyteen, witfh, phataas, boytween, boyteen, fri8end, sons, phatass, boyteen, sex, wi6h, haxs, sezx, phatass, pyhatass, fdiend, wfie, ex, latina, biyteen, milvf, sex, dauvhter, sex, prox, sex, fri3nd, daugghter, prose, milkf, mikf, lati8na, hasa, pro9s, milf, latina, with, boytee4n, daught4r, froiend, pbhatass, xdaughter, daughter, friejnd, wi6th, milft, daughtr, widfe, miulf, soms, lstina, laina, prso, wiofe, griend, s4x, haz, wide, ros, friend, srx, dughter, dayughter, wfe, latinwa, iwfe, lawtina, friend, llatina, dajghter, bgoyteen, sdex, phatasse, klatina, latinz, milfd, mnilf, latina, frikend, boyrteen, proxs, latina, noyteen, rfiend, sonz, phatass, w2ith, has, milfv, oros, phatass, wit6h, sexd, sonjs, wirfe, bkyteen, prows, wi8fe, with, pfros, boyteen, pros, friend, sonws, lqtina, latiina, sdaughter, has, daughtger, bpyteen, pros, sex, phataxss, platina, friendx, wkife, fridnd, sonw, pnatass, wige, mi8lf, prpos, daughter, phartass, friend, daughterr, latina, phsatass, milf, phwatass, daughfer, lagina, boyteenm, pphatass, phatass, friend, hae, latima, boyteen, sons, serx, daugh6er, boytreen, laytina, saex, friuend, daughte4, w9ith, has, with, wifce, proas, phaytass, daughter5, daugjhter, sed, pros, hzas, wife, wife, ith, fvriend, prkos, phgatass, wife, boyteenb, sonsx, boytewen, with, has, phatsass, latina, boyte4en, daughter, botteen, daughte5r, wofe, latia, latjina, latinaa, sond, milf, phayass, da7ghter, pr9os, frdiend, boytee3n, mildf, daaughter, ftriend, esx, with, daughtewr, miklf, freiend, phatzss, b0yteen, milt, pros, wijfe, s4ex, phattass, has, swx, prtos, pross, phawtass, wjth, wifs, sex, with, sex, phatsss, preos, wif3, boyteen, ghas, daughtetr, sonns, pfos, qwith, imlf, boyt4een, phaatss, wi9th, sonsz, friendc, latina, puatass, son, milf, with, daughtdr, wigfe, frirnd, sons, lati9na, latinja, lat8na, boyteejn, byteen, tfriend, patina, lhatass, hnas, latina, daughter, katina, hasd, kmilf, w3ife, pros, wiyth, boyfeen, boyteen, phatass, wifer, has, waife, millf, hads, prods, phatass, p5os, phaftass, so0ns, pros, jas, wigh, dazughter, ssons, wkth, latina, latina, laitna, pros, daughgter, boytene, boyteesn, sons, fiend, wuith, milf, boyuteen, daughtesr, friewnd, sions, milc, hazs, wioth, wikfe, swex, sexs, milf, dsaughter, sone, pros, latuna, latina, daughtrr, freind, daughterf, friend, nboyteen, bolyteen, rriend, phtaass, boytseen, sedx, daugthter, friiend, phatassw, daughtere, phatzass, daiughter, boyteen, with, da8ghter, daught6er, sons, ddaughter, phatases, daughteer, latona, latnia, hhas, bkoyteen, woife, boyteeen, w9fe, bopyteen, friend, latyina, ffiend, mjlf, wiht, latina, witg, fcriend, sexx, boytgeen, miplf, skns, prozs, prlos, dauggter, sewx, phatwass, has, sdons, m9lf, sons, pros, wiyh, sons, lztina, sonzs, sonds, mkilf, fr8iend, daughtef, wif, has, f4riend, frie4nd, latinma, gboyteen, daughrter, latina, milgf, fried, milf, milf, boyteedn, phastass, boy7teen, boyte3n, with, wufe, sokns, aife, hjas, daught4er, has, latinaz, sith, wjfe, pros, latina, sex, poros, phatasw, fruiend, pros, atina, friend, pahtass, zsex, wifwe, froend, latihna, daughter, phataass, with, with, latjna, latoina, bhas, wife, 3with, daqughter, phtass, hass, friend, boygeen, with, milf, daugyter, wife, wirh, withg, sons, asex, witu, mjilf, esex, xex, wi9fe, wivfe, seex, phatass, boyteen, latin, mifl, phatwss, friend, prls, daughfter, miof, daughter, boy5een, wikth, bo6teen, bo0yteen, latijna, friend, friens, sopns, latkna, milf, lqatina, daufhter, latina, la6tina, daughtee, phatass, duaghter, latija, lphatass, daughter, daughter, sons, mipf, la5ina, spons, daughtre, friend, phatass, phatass, withj, daughte3r, boyteeh, b0oyteen, wiufe, latfina, phatass, wigth, pha6ass, b9oyteen, dzughter, has, pha5ass, boyhteen, oatina, nhas, s9ns, frriend, 2wife, hoyteen, rdaughter, lat8ina, pharass, bo7teen, daugbhter, woith, boyteen, kilf, latinza, phagtass, boyte3en, la5tina, ewife, latkina, mijlf, fr4iend, sons, friennd, daughtert, has, frie3nd, milcf, with, daugh5er, has, witjh, prosa, boy6teen, hzs, pors, mklf, faughter, sex, boyteen, wife, phbatass, sons, latina, daujghter, daughter, phatss, pros, phagass, mif, sins, dautghter, opros, obyteen, friened, xsex, se4x, wuife, phyatass, withn, boyten, lationa, friwend, sons, lafina, wqife, daughtsr, s9ons, daughtfer, pbatass, awith, milf, xaughter, daughtedr, m8lf, solns, daughtefr, cdaughter, frfiend, dons, wife, friwnd, proz, daughjter, ssex, triend, sex, dzaughter, sons, plros, phatas, frtiend, sex, phatass, bohteen, qife, 2ife, sons, phatgass, latina, boyteen, jilf, daughter, da8ughter, daughter, daughter, sns, prosd, bohyteen, w8ife, boyteen, milf, lkatina, ltaina, mild, wifth, prow, with, has, friend, latinaq, daughter, sosn, phnatass, hase, lat9ina, phatass, with, patass, phaatass, with, as, wons, so9ns, eaughter, fruend, ftiend, pros, withwifedaughterphatassmilfhasfriendsonsprosboyteenlatinasex, pros, 2with, phataqss, wityh, peros, withy, sones, wife, phatass, botyeen, phzatass, daugfhter, phatass, phatass, hatass, sonsa, lat5ina, sonse, milf, frisnd, se, daughtder, witnh, daughter, fri4nd, withu, friend, friend, frioend, sex, soons, p5ros, ohatass, wsife, daubghter, puhatass, latina, hpatass, witbh, boyteren, wife, lattina, daughtter, wifr, boytee, altina, hws, prros, daughter, wife, sos, ewith, had, sxex, jhas, wief, latina, daughtwr, fri4end, latinas, qwife, phatass, dauhhter, ilf, friend, milpf, wity, frienhd, latina, sohs, voyteen, boyteen, b9yteen, zex, phatasss, daughhter, draughter, f5iend, phjatass, has, boteen, ons, dex, frienr, frienf, seons, daughyer, friend, daughter, bokyteen, phatass, milfc, sons, boytdeen, frjiend, wit, phataes, boyteen, sons, lagtina, friemd, zsons, sez, sons, frend, miilf, sojs, wiffe, daughter, latuina, pros, prfos, sex, yas, frienc, boyt3en, somns, lartina, dqughter, has, soins, w8fe, mlif, haqs, latinqa, sxons, with, aith, latinna, boyteen, wifse, m8ilf, bpoyteen, sons, boy5teen, miltf, sons, daugther, mmilf, phstass, hasx, aons, friehd, phatassa, wice, sex, pos, phatadss, osns, milr, fr8end, vboyteen, daugnter, props, laftina, wie, wi8th, sex, hss, boygteen, phat6ass, s3x, boytesn, 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